« Si j’avais vécu en 1940 j’aurais forcément fait partie de la Résistance …»

On a tous entendu cette phrase sortir un jour de la bouche de quelqu’un au détour d’une discussion (ou peut-être l’avez-vous vous-même prononcée un jour ?). Parce qu’en observant une période historique, avec le recul des années et nos connaissances actuelles, on a une toute autre vision des choses. Nous connaissons l’issue. À l’école, on nous a appris qui étaient les héros, qui étaient les méchants, quitte à simplifier les bouts d’histoire.

Notre ego nous invite forcément à choisir le camp des héros, parce que c’est bien vu, parce que c’est d’un point de vue moral le meilleur choix à faire. Car qui pourrait admettre devant une assemblée qu’il n’aurait rien fait, attendu que les choses se passent… parce qu’il avait peur ? C’est pourtant ce qu’il s’est passé pour beaucoup.

Mais qui sommes-nous pour les juger ?

Plus le fait historique que nous regardons est éloigné de nous dans le temps, plus nous sommes détachés de sa réalité. Nous méconnaissons l’ensemble du puzzle. Peut-être que (ou plutôt, très probablement que) dans 70 ans, les futurs contemporains regarderont la crise mondiale que nous vivons actuellement et choisiront le camp de ceux qui avaient, au regard de l’Histoire, raison. Et on fustigera ceux de « l’autre camp ». Dans notre fameux « Roman National », il faut toujours des méchants et des héros. Pourtant l’histoire est toujours bien plus complexe que cela.

affiche propagande

Prenons un exemple (dans les grandes lignes, sinon l’article va mesurer 20 km). Dans le Var, en 1943, les Allemands commandent la construction du Mur de la Méditerranée pour endiguer un potentiel débarquement sur les côtes varoises. Afin d’obtenir de la main-d’œuvre en supplément des prisonniers de guerre (Français et Italiens), le STO (Service du Travail Obligatoire) est mis en place pour ce chantier colossal. Cette nouvelle tombe à pic, car avec les bombardements en Allemagne, plus personne ne veut aller y faire son STO. Des hommes s’engagent donc sur ce chantier, ils ont l’avantage de pouvoir rester auprès de leur famille.

Vu de l’extérieur, celui/celle qui affirme « MOI, j’aurais été résistant(e) » pourra les juger d’être si peu courageux, les accusera de lâcheté de ne pas avoir choisi de prendre le maquis. Mais saviez-vous que certains de ces hommes, en STO ou prisonniers, en ont largement profité pour saboter ce chantier de l’intérieur ? En travaillant très lentement pour que ça prenne du retard. En mélangeant le sable à du sucre pour fragiliser le béton des blockhaus. Saviez-vous que les pieux censés empêcher les parachutistes d’atterrir sur les places n’étaient pas tous suffisamment enfoncés pour être dangereux ? Ou encore que lors du D-Day de Provence, toutes les plages minées étaient connues des Alliés (sauf celle minée le 14 août à Théoules-sur-mer) grâce aux informations précises communiquées par ces mêmes « lâches du STO » ?

Ils ont œuvré dans le silence, loin du regard de tous. En sachant cela, combien d’autres initiatives méconnues du même genre peut-on imaginer ? Toutes ces histoires ne sont pourtant pas racontées dans les livres d’enseignement scolaire. Être un résistant, ce n’est pas forcément faire sauter des trains pleins d’Allemands ou cacher des Juifs dans son grenier.

En ce moment, j’ai vraiment beaucoup de mal avec ceux et celles qui interpellent les autres en leur disant qu’au regard de leur manière d’être dans cette crise mondiale, ils n’auraient été que des moutons ou des collabo en 1940.

Qui sommes-nous pour juger ? Chacun essaie de faire de son mieux avec ses peurs, ses engagements, ses problèmes, ses contraintes… attention je ne suis pas non plus en train d’écrire cette phrase pour pardonner l’impardonnable. Je parle ici de ceux qui sont entre deux chaises… pas forcément collabo, mais pas ostensiblement résistants.

Et rappelons-nous que ce que nous voyons n’est parfois qu’une pièce d’un puzzle bien plus complexe. Seule une vision plus élargie du tableau, après s’être totalement dépouillé de son ego, de sa culture, de ses peurs et croyances permet d’être pleinement objectif.

Arrive alors ma dernière question : pouvons-nous être réellement et complètement objectif ?

Je ne le pense pas 😉 Mais d’en être conscient permet de rester ouvert à toute révision possible de ce que l’on croit savoir.

Cet article a 1 commentaire

  1. HUIN Denis

    Bien dit, bien écrit … bel éclairage sur la situation dualiste passée et ce que l’on vit actuellement. L’important est bien de « voir » la situation dans son ensemble, la plus totale possible.
    Denis

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