La lumière sur sainte Lucie

Lorsque j’étudiais l’histoire de l’art, j’ai eu un cours d’iconographie chrétienne. Issue d’une famille laïque, je n’étais pas très – voire pas du tout – au fait du contenu de la Bible et de ses différentes scènes souvent représentées. J’étais encore moins familière avec les saints, que l’on reconnaît grâce à leurs attributs. Et pourtant, j’ai fini par me passionner pour cette discipline.

Aidée du merveilleux ouvrage « La Bible et les Saints » de Michel Pastoureau, j’ai su emmagasiner les connaissances suffisantes pour reconnaître tout un cortège de scènes de l’Ancien et du Nouveau Testament, ainsi que des saints peints ou sculptés.

Quelques saints et saintes ont su « gagner mon cœur » et j’aime beaucoup les rechercher à chaque fois que je visite une église. J’ai ainsi toute une collection de photos qui me permettent de comparer les manières de les représenter selon les lieux et les époques.

Parmi eux, il y a sainte Lucie.

Très peu représentée sur le territoire français, il faut plutôt se rendre en Corse pour la retrouver, à coup sûr, dans les églises. Vous la verrez toujours accompagnée d’un plateau sur lequel repose ses yeux. La légende raconte qu’elle se serait elle-même arrachée les yeux et les aurait jetés à la mer pour ne pas être détournée de sa foi et éloigner ses prétendants. La Vierge lui aurait alors rendu la vue, avec des yeux encore plus beaux et plus lumineux.

En Méditerranée, l’opercule du coquillage Turbo Rugo que l’on trouve sur les plages symbolise ses yeux – le porter protègerai du mauvais œil et favoriserait la chance. Dans les mers chaudes (Océan Indien, Océan Pacifique et Mer de Chine), on retrouve l’œil de Shiva qui ressemble beaucoup à l’œil de Sainte-Lucie, mais de forme plutôt ronde. Pour le prix d’un œil de Sainte Lucie, vous pouvez acquérir 1 kg d’œil de Shiva (source : https://www.lespierresdecorse.com/PrestaShop/fr/content/8-reconnaitre-le-veritable-oeil-de-sainte-lucie-de-mediterranee )

Lucie est également célébrée dans les pays d’Europe du Nord. Là-bas, aucune trace de sa coupelle avec ses yeux arrachés… cette partie de sa légende arrive tardivement vers le 14e siècle et n’est pas reprise dans ces pays. On retrouve Lucie représentée avec une couronne de chandelles, en procession, pour célébrer le retour de la lumière.

« A la Sainte-Luce, le jour avance du saut d’une puce !»

Peut-être avez-vous déjà entendu ce dicton à l’occasion de la Sainte-Lucie, fêtée le 13 décembre. En effet, qui de mieux que Lucie pour célébrer le retour de la « luce » (en italien), de la « lux » (en latin) ? Nous savons pourtant que les journées ne rallongent qu’après le solstice d’hiver (le 21 décembre cette année)…

Par Claudia Gründer — Claudia Gründer, CC BY-SA 3.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=3221537
Sainte Lucie aux églises de Nonza et Bastia

Cette bizarrerie n’est pas une erreur astronomique de nos ancêtres, mais un problème de calendrier. Jusqu’en 1581, le solstice d’hiver tombait le 12 décembre du calendrier julien : le jour avançait alors bien du saut d’une puce ! Mais ce système calendaire – introduit par Jules César – était trop long par rapport à l’année solaire. Pour faire simple, il se décalait d’1 jour tous les 128 ans, si bien qu’on allait finir par fêter Noël au printemps 😉

Avec la réforme grégorienne en 1582, on retire au calendrier les 10 jours d’avance avec le soleil. En France, le lendemain du 9 décembre 1582, nous sommes le 20 décembre. Le solstice d’hiver trouve alors dans le calendrier la place que nous lui connaissons (car oui, nous utilisons bien le calendrier grégorien !). De quoi nous rappeler que le découpage du temps n’est ni immuable ni universel.

PS : La fête des Lumières du 8 décembre à Lyon célèbre l’Immaculée Conception et n’a donc aucun lien avec sainte Lucie.

Cet article a 1 commentaire

  1. Laura

    Merci pour ce commentaire j’ai enfin compris pourquoi le proverbe  » A la Ste Luce , le jour augmente du saut d’une puce  » existe !
    Au plaisir de nous revoir en 2021 .
    A Laura

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